Welcome To Europe

Un bilan de voyage

15:41, 26/05/2010, .. Lien
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      Rentrant le 5 juin en France, j'en suis donc à la fin de mon voyage, et donc à l'heure du bilan. Après un premier bilan en chiffres, voici un bilan plus personnel, et forcément moins chiffrable. Les conclusions que je tire sont personnelles, en ce sens qu'elles ne concernent que moi et que je n'attends pas d'approbation, au mieux de la compréhension. Ces conclusions n'ont pas vocation à être de Grandes Vérités et sont temporaires. Aussi loin que je serais vivant, mon regard changera comme il a déjà changé au cours de voyage. Et de toute facon, je ne suis pas assez croyant pour trouver quelque chose que je ne questionnerai pas.

Les thèmes que j'aborderai ne concerneront pas ce qui a été le coeur d'une grosse moitié de mon voyage à savoir le regard sur l'immigration. Je le réserve pour plus tard, après plus de travail et le traitement de la quinzaine d'interviews que j'ai réalisés, la lecture d'un ou deux livres et la magnifique découverte d'une méthodologie.

 Je me suis apercu que faire le bilan d'une expérience comme celle-là peut être assez long. Pour faciliter votre lecture et garder votre intérêt intact, j'ai découpé cet article en trois parties et leurs sous-parties. Vous pouvez directement aller à la partie qui vous intéresse dans le sommaire (un simple clique suffit).

Sommaire:

Partie I: Le voyage

  •  L'autostop
  •  Les déceptions
  •  Les motivations


Partie II: La culture

  • Bonjour...
  •  Le "Globish"
  • "Multiculti"? 

Partie III: Les choix

  • Les autres
  • Être heureux ou ne pas être
  • Les idées, les projets, les réalisations

 

 

Partie I:

Le voyage

Le premier de mes apprentissages durant ces 7 mois et 26 jours concerne le voyage. Ne connaissant rien du voyage, j'avais tout à découvrir. L'autostop, le "globish", les motivations, les déceptions...Toutes ces choses qui ont fait mon voyage et auxquelles je ne m'attendais pas.

L'autostop:

Je suis toujours aussi étonné d'avoir parcouru un tiers de mes 13500km en autostop. Autant que vous probablement. Tout simplement en raison du pessimisme et de la méfiance ambiante. Certes, dans une Europe qui vieillit et se renferme sur elle-même, le stop n'est pas toujours une chose aisée, mais la gens ont une importante tendance à sous-estimer leur propre gentillesse (ce mot sent la rose mais tant pis) et leur propre ouverture d'esprit.
Avant même mon départ, on me regardait en biais, ou l'on me souriait comme à un simplet quand je parlais des mes envies d'autostop. L'idée que je n'y arriverai pas m'a parcouru l'esprit comme elle a parcouru le vôtre. 
Mais les faits sont là. Même si l'autostop meurt, il meurt en raison d'une quête de confort et d'une peur de la rencontre, plus de la jeunesse qui ne rêve plus que des conducteurs. On s'est tous un peu convaincu que les idéaux, la chance, et les belles rencontres avaient disparu ou ne pouvaient pas exister.
Mes conducteurs eux-mêmes me le disaient: "Tu es chanceux que je t'ai pris, ici personne ne te prendra." ou encore "Avec toutes ces histoires, on ne sait plus vraiment qui croire." alors même qu'ils me faisaient parcourir 200km...Mais pour qu'une cinquantaine de personnes m'aient fait monter, aient pris ce "risque," c'est qu'il y a toujours cette petite envie d'inconnu et de croire qu'on ne prendra pas un risque démesuré en prenant un gars en stop.

Ajoutez à cela mes 35 hôtes qui m'ont ouvert leurs portes pour une, deux, trois nuits ou trois semaines, sans me connaître ou "pas assez" et vous aurez une vision moins rigide de l'humanité, de ses possibilités et de ses valeurs.

Ces expériences me font donc réaliser, que même si le monde n'est pas un champs de marguerites peuplé d'écureuils dansant au son des oiseaux, nous gagnerions à nous concentrer sur les possibles plutôt qu'un imaginaire collectif dépressif.

Les déceptions:

Malgré tous les bons sentiments du monde, on ne peut empêcher la déception. Une personne, une ville, une situation...tout peut porter à déception, mais ceci n'a rien de nouveau et je n'aurai pas la prétention de vous apprendre quoique ce soit. 

La chose qui change tout, durant le voyage, c'est que vous dépendez plus des autres et que votre moral devient votre principal atout pour continuer à voyager ou pour se sortir d'une situation délicate. Je me suis fait avoir deux ou trois fois. En Belgique, à Copenhague ou à Prague, plus que des situations difficiles, je me suis retrouvé face à des situations décevantes qui finissaient par me mettre dans la merde ( ce mot est actuellement le plus proche de mon sentiment). Entre ceux qui annulent au dernier moment, ce qui ne préviennent pas, ceux qui ne veulent finalement pas de vous, et les étapes où vous vous demandez ce que foutez là...le voyage peut prendre des tournures peu appréciables. 

Ce que je retiens de ces expériences, c'est une paranoïa assez constante dans la suite de mon voyage où je me suis vu demander des confirmations deux ou trois fois à la même personne. N'étant pas un grand fan du confort humide des ponts, j'ai tout fait pour m'assurer de trouver un toit. Mais comme dans la vraie vie, cela m'a juste fait reconsidérer la confiance aveugle que je souhaitais avoir. À savoir si je deviens un joyeux pessimiste ou un optimiste méfiant, mes prochaines expéditions m'en apprendront un peu plus.

Les motivations:

Des situations difficiles, j'en ai eu quelques unes, et pas seulement en raison de personnes décevantes ou d'étapes ennuyeuses. Donc, avant même de songer à un retour précoce ou à un départ précipité il faut savoir pourquoi on continue, pourquoi on reste.

Comme à Pragues par exemple, où j'ai passé le plus clair de mon temps à errer. J'y ai trouvé un intérêt. La rencontre des gars considérés comme marginaux, des sans abris, ou bien de gars errants. Que ce soit dans l'espace Journal de la bibliothèque nationale où les sans abris s'entassent en hiver pour être au chaud et se font virer quand ils dorment de manière trop bruyante, ou sur un banc le dernier jour près d'une station de métro ou encore ce touriste polonais esseulé qui venait pour les femmes, ou ce touriste irlandais ancien soldat qui venait pour les femmes et se remplir la panse quitte à s'en rendre malade et parlait de son père. Ces rencontres non préparées, sont celles qui ont sauvé un triste passage à Pragues.

Et quand bien même, l'atmosphère est pesante, il y a toujours l'idée que de toute façon la prochaine étape sera plus excitante, ou tout du moins différente. Il faut aussi accepter de vivre certains moments comme des expériences plutôt que de les subir. Les insomnies dans des bus ou vans trop petits durant des voyages de 10 ou 16 heures vous paraîtront insupportables si vous n'arrivez pas à vous projeter dans un futur plus ou moins proche où vous pourrez raconter ces histoires à votre sauce.


Et, même si j'y reviendrais plus loin dans cet article, le regard des autres sur votre voyage, vos projets, votre vie, votre allure est quelque chose qui interroge votre motivation. Au début vous ignorez jusqu'à ce que cela devienne trop lourd. À ce point vous avez deux choix, vous vous résignez à les écouter et cédez à leurs schémas bien cadrés, ou vous argumentez et expliquez pourquoi cette vie, pourquoi cette allure, pourquoi ce voyage. Personnellement, j'ai choisi la seconde solution et me battre avec vous m'a permis de croire plus en moi, en mes projets, et en l'idée que non, je n'étais pas en train de planter ma vie. Et donc l'envie de continuer. Merci encore.


PartieII 

La culture:

Si les voyages permettent de vous ouvrir à quelque chose, de comprendre ou tout du moins de vous interroger, c'est sûrement à la culture. Je ne parle pas des points de chutes des sites touristiques ou des conseils d'un hôtelier, mais de choses plus basiques que l'on apprend au contact des gens les plus normaux: la nourriture, l'atmosphère, la philosophie, comment créer le contact.

"Bonjour et bon appétite" :

La première surprise du voyage, et celle qui a lieu à chaque rencontre, c'est la prise de contact, le premier "Bonjour".
C'est plus dans les gestes et les attitudes que j'ai été surpris même si je me suis habitué au fil du temps aux différents "Hi", "Hej", "Hallo", "Merhaba" et autres "Dobro vece".

Lorsque vos hôtes serbes sont les personnes les plus châleureuses du monde alors qu'ils ne vous connaissent même pas, les scandinaves sont eux plus "réservés" et se contenteront d'une poignée de main (hommes ou femmes) mais vous gratifieront d'un calîn pour le moins inattendu au moment du départ. Mes hôtes turcs ou serbes, voulaient savoir si j'allais bien, si j'avais faim, quitte être presque trop bienveillant et à devenir gênants.  Mes hôtes italiens, eux, me demandaient quasiment un rapport de mon voyage après cinq minutes et me proposaient un magnifique programme de choses à faire et à voir complètement inadapté à mon état de fatigue.

Dans ces petites choses qui choquent, il y a aussi l'absence de cette spécialité française que nous ignorons être si spéciale, la phrase: "Bon appétit". Dans de nombreux pays, quand je demandais à traduire "Bon appétit", on me regardait avec des yeux ronds ou on me répondait "Bonde appétite" dans un accent variant selon la région. Si l'on remercie le cuisinier dans la plupart des cultures, le bon appétit semble être bien francais. Ce détail fait l'intérêt des voyages, si l'on apprend des autres, de leur culture, de leurs codes, de leurs facons de se comporter, on peut également réaliser nos propres différences, spécialités et exports censés être français.


Je pourrai dresser une petite liste de ces choses étonnantes que j'ai pu entendre, voir, goûter tout autour de l'Europe.

Dans les choses goûtées, je pourrai parler des "French Fries" ou "Patates frites francaises" qui ne sont rien d'autre que des frites. Il y a aussi ce "Fransk hot dog" ou "Hot dog francais" qui se vend comme des petits pains au Danemark alors que je ne nous connaissais pas de spécialité dans ce domaine.

Dans les choses entendues que l'on peut goûter il y a une certaine interrogation sur les escargots et autres grenouilles, censées être au coeur de nos repas (bon bien sûr ils en rajoutaient autant que j'en rajoute) avec le camembert et le vin. J'ai également appris que notre anglais était mauvais en raison de la fierté que nous avions de notre langue, on m'a insulté en me disant "You really....french!", que la plupart des mecs étaient homosexuels (?)...Mais j'ai également été impressionné par le nombre de personnes qui m'ont sorti quelques mots de francais lorsque je m'y attendais pas comme:

- "Ah ????????? (Franzoucik) Parrlez fou franzais?"
- "Voulez fou coucher afec moa?" (bon là je m'y attendais un peu quand même).

À défaut de connaître la France ou un autre francais que moi, toutes ces petites choses sont ce qui venait à l'esprit de quelques personnes que j'ai pu rencontrer. Ce ne sont sûrement que des détails, mais ces petites pépites, du bonjour à l'au revoir en passant par le repas, ont sillonées mon voyage.

Do you speak globish?:

Pour aller plus loin dans la conversation et pour rectifier quelques préjugés réciproques, il me fallait trouver un moyen de communiquer. Je me suis lancé dans l'anglais, mais en bon francais je me suis arrangé pour maintenir notre réputation d'incapables.

Cela est-il dû à une fierté de notre langage que l'on défendrait face aux anglais? Ou à un mauvais système d'éducation? Ou à la possibilité de voyager sur quatre continents et de toujours trouver un endroit ou parler francais (Belgique, Suisse, Québec, Guyane, Sénégal, le Mali, le Maroc, la Tunisie, le Vietnam dans une moindre mesure....) et donc d'une attitude colonialiste? Ou aux films américains traduits ( ce qui n'est pas le cas dans les pays scandinaves par exemple)? Ou à l'avantage d'avoir un grand pays où la possibilité de se sentir "dépaysé" est là sans avoir à parler la langue de Shakespeare?

Il y a sûrement un peu de ca, et cela dépend de chaque personne. Mais il y a aussi cette sensation que de toute facon, notre anglais n'est pas assez bon. Mais qui parle de parler anglais?  Pas moi. Si au début j'ai pu me sentir stupide, largué, paumé...c'est en raison de ce complexe d'infériorité qui me rappelait combien ma langue maternelle n'était pas l'anglais et que mon accent était typiquement francais.

Je me suis senti mal à l'aise, jusqu'à ce que je rencontre ces personnes venant du monde entier, et qui pour la grande majorité ne parlaient pas un anglais parfait. Nous ne parlions pas un anglais parfait, mais nous discutions, nous refaisions le monde, nous buvions, nous rigolions...(désolé pour tout ces "ions"). 

Jean Paul Nerrière, qui travaillait à l'international pour IBM, à développer cette théorie du Globish,  ce "Global English" en 1500 mots qui suffisent pour être compris par n'importe quelle personne ayant des notions d'anglais. J'ai pu constater qu'il était souvent plus dur pour un américain, un anglais ou une personne avec un anglais académique, d'avoir une discussion avec un serbe, une thaïlandaise, un nigérian ou un allemand que ça ne l'était pour moi. Plus patient, plus tolérant, et ne connaissant de toute facon pas le mot parfait, il est plus simple de comprendre et de s'exprimer.

 

Ce qui était un projet avec l'esperanto, devient une réalité avec le globish: un langage commun et simple qui permet de communiquer avec tous. Cette langue est tellement efficace qu'elle vous permet également de vous trouver un(e) copin(e). Bref, quittez l'anglais, apprenez le globish!

"Multiculti"?

Lors de ma dernière étape, berlinoise, je me suis apercu que Berlin se plaisait à se présenter comme une ville ”multiculti”, multiculturelle donc. Ce discours passe aussi bien par es publicités de la ville que par le discours des habitants.

C'est vrai, des personnes, des groupes, venants de différents horizons cohabitent en toute sérénité dans la capitale allemande. Mais, ce titre de ”multiculti” me paraît un peu prétentieux. Ou alors je ne comprends pas pourquoi mettre en avant ce côté.
Premièrement, il est bien beau de vouloir faire du multiculti mais sa représentation peut tourner à la mascarade bien-pensante quand lors du carnaval multiculturel du quartier Kreuzberg (à visiter) on se retrouve avec des groupes entiers d'allemands couleur aspirine censés représentés l'Amérique du Sud se mettre à danser une samba apprise par coeur dans une association locale. On frise le ridicule quand on trouve des stands consacrés à l' ”Afrique”. Je n'ai jamais visité l'Afrique mais j'aimerais savoir ce que l'on trouverait dans un stand consacré à l'Europe...Un camembert, une bière, une pizza, une paëlla, des frites, le tout avec une femme déguisée en tchèque-alsacienne-scandinave?

Mais on ne trouverait probablement pas de börek, de sushis, de kebab, de MacDonald ou un CD de rap.
Je me demande donc ce que ca veut dire ”multiculti”, mais, pour ce que j'en ai vu, ca m'a donné l'impression que les autres cultures ne nous intéressaient que par les clichés qui nous plaisaient. Le ”multiculti” bien-pensant demandera toujours à un gars noir d'où il vient, ou d'animer le stand Afrique, quand bien même il aurait grandi dans la campagne allemande. Et mettre en avant le ”multiculti”, c'est le mettre en avant à notre sauce, comme on a envie de le voir. Et d'ailleurs, pourquoi le mettre en avant quand on fréquente les kebabs du coin, entre un pizzéria et un grec, avec une bière hollandais à la main et des potes qui viennent d'un peu partout.
En faisant du ”multiculti” un évènement, on l'empêche de devenir normal. On finit toujours par rappeler, que non, effectivement, ils ne viennent pas là. C'est un peu comme une mayonnaise qui ne prendrait pas.

 

Et puis finalement, comment peut-on s'extasier devant la richesse des cultures qui peuplent notre continent quand on essaye de refouler tous ceux qui essaient d'y entrer sans les bons papiers? Imaginez tous les stands qu'ils pourraient tenir.

Sans prétendre avoir lu et saisi toute l'oeuvre de Claude Lévi-Strauss, j'aime le petit cadeau qu'il a fait aux voyageurs pour faire évoluer l'approche de la culture dans "Race et histoire" (1952 - Folio essais) et dont voici une longue citation:

"[...] pour un voyageur assis à la fenêtre d'un train, la vitesse et la longueur des autres trains varient selon que ceux-ci se déplacent dans le même sens ou dans un sens opposé. Or tout membre d'une culture en est aussi étroitement solidaire que ce voyageur idéal l'est dans son train. [...] nous savons qu'il est possible d'accumuler plus d'informations sur un train qui se meut parallèlement au nôtre et à une vitesse voisine (ainsi, examiner la tête des voyageurs, les compter, etc.) que sur un train qui nous dépasse ou que nous dépassons à très grande vitesse, ou qui nous paraît d'autant plus cours qu'il circule dans une autre direction. [...] il passe si viteque que nous n'en gardons qu'une impression confuse [...] il se réduit à un brouillage momentané du champ visuel: ce n'est plus un train, il ne signifie plus rien."(p 43-45)

Partie III

Les choix:

 Les autres:

Avant de parler de mes choix, je crois que je dois parler des autres. Parce qu'à un moment ou un autre on interrogera mes choix, de manière bienveillante ou non. Parce que pour convaincre les autres il faut être soi-même convaincu. Parce que les autres ont parfois un regard assez dur ou ne comprennent tout simplement pas pourquoi.

Avant et durant ce voyage, il a déjà fallu convaincre: Pourquoi partir? Pourquoi continuer? Pourquoi ne pas vraiment avoir envie de rentrer? Si je ne m'étendrai pas sur ces questions, qui finalement sont assez personnelles, je parlerai un peu plus du regard des autres.

Avant d'être un "backpacker" sur les routes européennes avec ma barbe de deux mois qui ressemble à une barbe de trois jours -chacun sa capilarité- et des pantalons toujours à la limite du pardonnable, je m'étais habitué à un regard en adéquation avec mon apparence. Enfant, ado boutonnant aux cheveux gras, étudiant, fils, parfois abruti, pote...Tout était en adéquation: la facon de penser, de s'habiller, de se comporter et le regard des autres (sans dire qu'il était toujours agréable, évidemment). 

Mais avec ce voyage, tout en restant Clément Blain, le regard à mon encontre a changé de manière assez radicale. Je ne pense pas que ce soit surprenant, je me contenterai de dire que c'est frappant.

Le simple fait de changer de style, et a fortiori de porter un sac de 80 litres vous empêchent de rester dans l'anonymat. On vous voit, pire, on vous regarde. Si certains voient cela d'un côté aventurier que je ne partage pas, beaucoup vous regardent comme un marginal ou vous regardent juste en biais. On se foutait de savoir qui j'étais, maintenant, sans savoir qui je suis, on se permet un jugement rapide, radical, sans un mot. Par respect pour les sans abris ou personnes considérées comme marginaux je ne me permettrai pas de comparer ma situation à la leur, mais je leur accorderai que l'expérience de ce regard quotidien, permanent, n'est pas toujours une chose facile à digérer.

Le tissu que l'on porte a un effet immédiat sur le regard que l'on porte. Ce n'est certes pas une grande découverte, mais ce vécu permet d'appréhender différemment le regard et les jugements. Je crois que je les prends pour ce qu'ils sont, sans que cela fasse toujours plaisir, je prends acte et, si nécessaire, passe outre.
 

Être heureux ou ne pas être:

L'une des choses les plus compliquées à faire admettre, c'est que l'on prend un chemin dans lequel on pense pouvoir s'épanouir. À l'heure où l'on nous vend massivement les recettes du bien être comme des recettes minceurs, il est assez mal vu de vouloir faire ses propres choix sans lire ces brochures.

Malheureusement, en raison d'une mauvaise connection Internet, je n'ai pas accès à ces brochures et doit donc imaginer par moi-même ce que serait ma vie idéale, celle où je me sentirais heureux. Je ne cherche plus à faire une pause, encore moins à fuire la réalité. En voyageant, je me suis surpris à être heureux, particulièrement heureux, même en en chiant. J'ai été heureux de partager des repas avec des familles serbes, j'ai été heureux de rencontrer un réalisateur italien, un ex-romancier, j'ai été heureux de partager de bon moment avec des amis lointains. J'ai aimé me balader, me perdre, prendre des photos, écrire des articles, suivre une ligne directrice, la quitter, la rejoindre, l'oublier, la retrouver...Et après huit mois on me demanderait de retourner à la vie d'avant, celle que j'avais justement quittée. Demandez à un croyant qui a eu une révélation divine de renoncer à y croire. Bien que mes expériences et sentiments n'aient rien de divin (toujours pas d'illumination à l'horizon), je ne renoncerai pas à ce qui me plait.

Si je devais le faire, renoncer, je ne verrais pas bien le sens d'être naît pour m'emmerder sur une chaise. Ce n'est pas une aventure, ce n'est pas un coups de folie, ce n'est pas de la poésie et encore moins de la philosophie, c'est juste qu'essayer d'être heureux dans sa vie me semble normal.

Donc, plutôt que d'attendre la crise de la quarantaine pour réaliser que je-suis-en-train-de-foirer-ma-vie-et-que-je-devrais-faire-ce-que-j'ai-toujours-voulu-faire-avant-qu'il-ne-soit-trop-tard-et-tout-quitter...je préfère bien commencer maintenant. Ca m'évitera une perte de temps, et des dépenses en anti-dépressifs. La Sécu me dira merci.

Les idées, les projets, les réalisations

Vous me direz, c'est bien beau les paroles, mais qu'est-ce qu'on en fait? 

L'idée étant de continuer à ne pas croupir dans un coin, il faut donc bouger. Ayant confirmé mon intérêt pour certaines situations (sociales, politiques et toutes ces fioritures), l'appareil photo et la découverte de nouveaux endroits, de nouvelles personnes, je vais essayer de me lancer dans certaines choses où je peux me retrouver.

Mais avant de parler de Science po (déjà loupé), d'écoles photos intéressantes (trop chères) ou de journalisme (j'aime pas l'AFP) je vais plutôt m'amuser à exercer mon regard, mes photos et mes mots via de nouvelles expériences. Combien de temps?....Pourquoi être aussi pressé? L'argent vous me direz. Les petits boulots bien placés dans l'année devraient avoir raison de cette considération, au moins au début. Le choix de l'autostop et d'hébergements nettement moins chers et nettement plus conviviaux font aussi parti des possibilités.

Pour ne pas laisser cette bonne volonté comme une lettre morte, j'ai donc décidé de partir avec ma copine et de deux de ses amies vers l'Albanie au mois de septembre. Pendant qu'elles écriront leur mémoire de travailleuses sociales je me baladerais pour comprendre l'isolement de ce pays, enverrai deux ou trois papiers aux bons endroits, et si la possibilité s'offre à moi, de parler de trafic d'êtres humains. Pas de grand reporter en freelance, juste un intérêt pour la question et quelques contacts probables. Le globish et quelques mots d'italiens (connu en albanie via les chaînes satellites) me permettront d'établir quelques contacts.

J'y resterai plus ou moins trois mois et profiterais également de ce temps pour aller visiter quelques amis en Grèce et au Kosovo, et bien sûr pour prendre des photos et y ajouter des légendes.

Après ca? Que de questions...après ca on verra. Ce projet me paraît suffisamment intéressant et excitant pour ne me consacrer qu'à cela les prochains mois. Toutefois, l'idée d'aller bosser quelques mois dans un pays qui ne s'appelle pas la France ne me déplaît pas non plus. Qui sait?

Pour finir, je ne sais pas si ce voyage m'a radicalement changé. Un peu comme en photo, des choses se sont révélées, et plus contrastées qu'il n'y paraissait. Si mon oeil n'était pas près à voir tout cela, je me dis donc qu'il va falloir expliquer certains clichés. Ce voyage ne sera pas LE voyage de ma vie, et c'est tant mieux. J'apprends juste à vivre cette vie comme une vie normale tout en restant ce joyeux pessimiste ou cet optimiste méfiant. On verra bien ce qui prendra le dessus.

 

 

 




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